Littérature jeunesse : mes derniers coups de coeur

har   hilde   disp

2016 aura décidément été marquée par le retour en force de la littérature jeunesse dans mes lectures quotidiennes ! Je ne sais pas comment m’est venue l’envie de me replonger dedans alors que je l’avais délaissée depuis bien longtemps, mais je ne regrette absolument pas ma décision. Je redécouvre une littérature riche, vivante, qui prête à réfléchir, à rire, à rêver, et qui sait aborder les sujets les plus divers de façon étonnante. Dans cet article, je fais le point sur mes récents coups de cœur dans le domaine…

  • Miss Charity, de Marie-Aude-Murail

Je crois bien qu’il s’agit de ma plus belle découverte de 2016. L’intrigue est située dans les années 1890, en Angleterre. L’héroïne, Charity Tiddler, a bien du mal à trouver sa place dans la bonne société. Il lui faudrait demeurer muette, coquette, naïve alors qu’elle est curieuse, maladroite et résolument scientifique. Le monde animal et la botanique sont ses passions mais également sa bouée de sauvetage dans la morne existence qui lui réserve sa famille. Miss Charity, qui s’inspire très clairement de la vie de Beatrix Potter, aborde des thèmes incroyablement variés et surtout passionnants. Et d’un point de vue féministe, quelle richesse ! Le roman donne à observer l’ennui, la solitude quand on est une fille de la bonne société anglaise du XIXème. L’ennui, la solitude quand on est une adolescente atypique, timide et ignorante des codes sociaux. L’ennui, la solitude quand on est une jeune femme savante et artiste. En filigrane, d’autres questions sont traitées : le mariage, la morale, les classes sociales, la religion, la famille… En ce qui concerne l’écriture, il y a de véritables pépites. La langue est chantante, percutante…. Bref, lisez ce livre : c’est le bien.

  • Quelque chose que je regrette, Hilde Hagerup

J’ai fait l’acquisition de ce bouquin lors d’une braderie organisée la médiathèque de ma ville. Je ne connaissais absolument pas cette autrice et l’idée d’avoir un petit aperçu de la littérature norvégienne me plaisait bien. Eh bien je n’ai pas de regret : il s’agit d’un chouette roman qui, s’il traite d’un sujet difficile (la disparition d’un père), sait le faire avec délicatesse. L’atmosphère y est feutrée, mystérieuse, beaucoup d’éléments sont suggérés plutôt que dévoilés. Pour autant, il n’a rien d’ennuyeux. L’héroïne, adolescente issue d’une famille pauvre vivant en bord de mer, loin des villes, est aussi complexe qu’intéressante. Il s’agit d’ailleurs plutôt d’une anti-héroïne : elle n’a rien de la petite fille modèle ! Elle est cependant bien attachante et si ses actes choquent parfois, ils peuvent aussi prêter à sourire à d’autres moments… En fait, je me rends compte qu’il m’est difficile de parler de ce roman tant je l’ai trouvé particulier. Je vous conseille vraiment de le lire, tout simplement.

Un petit extrait, pour la route (page 6) :

Mais c’est Siv qui était arrivée dans la cuisine, deux jours trop tôt. Je suppose qu’elle avait glissé sur le sol, la pointe de ses pieds effleurant à peine le plancher, parce que c’est ainsi qu’était ma sœur, belle et comme il faut et gentille et mignonne, déjà avant l’accident. Tandis que moi, c’était autre chose. J’avais un ton acide. Depuis bien avant la disparition de papa. Depuis que j’avais commencé à parler. Ne prends pas ce ton-là, disait maman. Elle comprenait pas pourquoi j’avais un tel tempérament. Papa, si. Le dernier arrivé d’une famille doit jouer des coudes pour trouver une place. Quand je suis née, les aimables et les gentils étaient trop nombreux, mais il y avait une grande place pour une morveuse grincheuse, et cette place, c’est moi qui l’avais prise.

Chapeau au travail de traduction de Céline Roland-Monnier, au passage.

  • Les Disparus du Clairdelune, Christelle Dabos

Il s’agit du tome 2 de la désormais fameuse série La Passe-Miroir (si vous êtes passé.e à côté du phénomène, il est toujours temps d’y remédier !). Je n’en dirai pas trop tant les avis ne manquent pas sur les blogs, mais sachez qu’il est vraiment à la hauteur du tome 1 et que j’attends la suite avec impatience. L’écriture y est toujours aussi maîtrisée, et l’univers dans lequel évolue Ophélie est décidément passionnant. Certains éléments de l’intrigue se clarifient dans ce tome, mais ils donnent naissance à des tas d’autres questions… J’ai hâte de voir où tout cela nous mène !

ile   moka

  • Une île trop loin, Annika Thor

De même que Quelque chose que je regrette, cet ouvrage fait partie de mes trouvailles lors de la braderie de la médiathèque. L’autrice est pour sa part suédoise. J’avais décidément envie d’explorer la littérature scandinave, ce jour-là… et j’avais décidément bien fait de suivre mon instinct puisqu’il s’agit d’une très belle découverte. Ce bouquin rassemble en fait les quatre tomes d’une série : Une île trop loin, L’Étang aux nénuphars, Les Profondeurs de la mer et Vers le large. L’intrigue est centrée sur le parcours de deux sœurs autrichiennes, Steffi et Nelli, qui sont issues d’une famille juive et que leurs parents envoient en Suède afin d’échapper aux persécutions nazies. Les thématiques de l’exil, de la discrimination, de la séparation, de l’attente et de la peur côtoient ainsi des questionnements plus « légers » : l’école, les relations amicales et amoureuses… J’ai beaucoup aimé le traitement de ces sujets dans l’ensemble de la série, et j’ai particulièrement apprécié de suivre l’évolution des deux héroïnes, que l’on découvre d’abord en tant que petites filles et que l’on observe grandir peu à peu, jusqu’à devenir des adolescentes. L’écriture est pour sa part d’une simplicité toute délicate qui rend la lecture très agréable. Certains passages sont par ailleurs vraiment poétiques, notamment lorsque la nature est évoquée (les deux sœurs vivant désormais sur une île suédoise au climat plutôt rude).

  • Sorcier ! 1. Menteurs, charlatans et soudards, Moka

Dans la famille Murail, je demande… Moka (c’est quand même pas mal énervant, autant de talent rassemblé dans une seule famille). J’avais très envie de découvrir son travail ou du moins, une petite partie de son travail, Moka étant tout de même l’autrice de plus d’une centaines de romans pour la jeunesse. La sorcellerie étant une autre de mes passions, surtout lorsqu’elle est abordée en littérature, il ne m’a pas été difficile de savoir par quoi commencer. Bilan de cette lecture ? Un régal ! J’ai complètement retrouvé le plaisir que j’ai pu avoir à dévorer les romans de Roald Dahl ou encore les premiers tomes de Harry Potter. L’intrigue est truffée de trouvailles amusantes (comme le Wexeliendfui’ unfodemthhglyigframftieth, la Fête du Mot Imprononçable) et les défauts des personnages (la fainéantise, l’orgueil…) sont dépeints avec beaucoup d’ironie. Le héros, Finn, est quant à lui un parfait anti-héros aussi arrogant que prétentieux, que l’on prend plaisir à voir embarqué dans une aventure riche en leçons. La bonne nouvelle, c’est qu’il me reste encore sept tomes à découvrir…

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

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