Chroniques

Desolation Road, de Jérôme Noirez

Je me suis procuré ce livre la semaine dernière… Quelques jours plus tard, c’était plié : je l’avais entamé, dévoré, terminé, bref : son compte était fait. Voici sa revue !

 

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Le résumé (10)June, 17 ans, est condamnée à mort. Le journaliste Gayle Hudson vient à sa rencontre dans la prison de San Quentin afin qu’elle lui raconte son histoire. Celle-ci démarre à Tampa, en Floride, bascule lorsque June rencontre David, et s’étire dès lors le long des routes américaines. Sur fond de Grande Dépression et de Prohibition, du Nevada à Los Angeles, jusqu’à Desolation Road, tout semble mener June et David vers le crime.

Le résumé (11)J’aime bien ces romans qui nous donnent à découvrir (et parfois à comprendre) le point de vue de l’assassin, et Desolation Road est tout à fait de cette veine. Ce livre se lit sans difficulté : les chapitres sont courts et l’écriture de Jérôme Noirez précise. Le récit fait s’alterner le point de vue de June Madero, racontant son histoire, et celui du journaliste, Gayle Hudson, dont les sentiments à l’égard de la jeune fille ne cessent d’évoluer. Qui est-elle vraiment ? A-t-elle mérité sa condamnation à mort (pour rappel, nous sommes en 1930) ? Ses crimes sont-ils pardonnables ?

Car en lieu et place d’une criminelle dont l’instinct meurtrier coulerait dans les veines, l’on découvre bien vite une adolescente au parcours accidenté. La Grande Dépression touche tout le monde de plein fouet, et sa propre famille n’y échappe pas. Précarité, chômage, décès et secrets de famille teintent son enfance.

L’économie, pour moi, c’était juste le quotidien, l’argent qui nous faisait défaut et qu’il fallait dépenser le moins possible. Il paraît qu’à New York des gens passaient de la fortune à la ruine en quelques heures ; il paraît qu’on se jetait du haut des immeubles par désespoir. Mais qu’est-ce que ça pouvait nous faire, franchement ?

Mais il ne s’agirait pas non plus de représenter June comme une victime de son parcours. Lorsque David commet involontairement l’irréparable, c’est elle qui l’incite à prendre la fuite et qui décide de le suivre. Par la suite, les désillusions qu’elle subit lui donnent l’énergie du désenchantement : puisqu’il n’y a rien à espérer de la vie, autant mener une existence passionnée et définie selon ses propres termes.

A la lecture de ce roman, on pense forcément à Bonnie et Clyde. Desolation Road, c’est avant tout l’histoire de deux amoureux qui lient leur destin à travers le crime. Si vous aimez les romances, foncez ! Ce livre trouve réellement son souffle dans la façon dont il dépeint la noirceur d’une époque et l’intensité de l’amour de June et David.

Nous nous sommes embrassés au bord de la rivière. Je sentais les battements de son cœur dans ma propre poitrine, comme si une artère ou un cordon ombilical avait relié nos deux corps. Sa bouche avait un peu un goût de maïs. On nous aurait dit à ce moment-là que le monde s’écroulait, que la misère allait s’abattre sur le pays, nous nous en serions moqués. Je crois même qu’on en aurait ri.

Desolation Road n’est pas un gros coup de cœur, et l’intrigue n’est pas des plus originales, mais j’ai apprécié le style de Noirez, simple, efficace et tout de même poétique par moments, ainsi que la structure du récit. Et surtout, j’ai aimé cette façon de laisser la parole à June Madero, et de laisser ouvertes toutes les questions que les lecteur-ices pourraient se poser : dans ce roman, il n’y a jamais de bonne ou de mauvaise réponse.

Le livre en détails

Auteur : Jérome Noirez (France)

Année de parution : 2011

Éditeur : Gulf Stream

Pages : 217

 

(Article initialement publié le 18/09/15 sur encreamethyste.blogspot.fr)

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