Lectures en vrac

Dans cet article je vous propose des mini revues de lectures récentes… Quatre pour le prix d’une : pourquoi s’en priver, je vous le demande ?

 

 

 

  • Les Porteurs, #1 – Matt, de C. Kueva

Aperçu dans la librairie de ma ville, cet ouvrage ne pouvait que m’intriguer. Que cache donc cette couverture évocatrice ? Un roman de science-fiction dans lequel tous les humains naissent intersexes avant de choisir, à l’âge de 16 ans, d’être une femme ou un homme. Avec ce genre d’intrigue, c’est quitte ou double : on a soit quelque chose d’horriblement essentialiste, soit une véritable réflexion sur la construction du genre… Je pense que ce livre est finalement plutôt de la seconde trempe. Le questionnement des adolescent-e-s à l’aube de leur seizième anniversaire est intéressant. Comment choisir ? Au nom de quoi ? Et si l’on ne veut tout simplement pas choisir ? On assiste également à la métamorphose de l’entourage une fois que la décision est prise (de façon plus ou moins consentie) :

Et le plus effarant avait été la réaction de sa mère. Floriane ne la reconnaissait plus. Sa mère était du genre à se soucier de la justesse de ses paroles plutôt que de la hauteur de ses talons. Et là, en une seconde, en entrant dans cette boutique pour lui acheter sa robe de Seza, elle était devenue méconnaissable, incompréhensible. Elle accordait soudain de l’importance à des futilités qu’elle aurait elle-même dénoncées la veille et qu’elle dénoncerait à nouveau dans un mois. A croire qu’un double maléfique s’était emparé de son âme. Sa mère, qui aurait dû être sa meilleure alliée, incarnait soudain le poids de la tradition immuable, irréfutable, incontournable.

Et plus on progresse dans le récit, plus on réalise qu’il n’est pas seulement question de pression sociale… Quel rôle l’Etat joue-t-il dans tout cela ?

Bref, ce premier tome de la trilogie Les Porteurs est plus subtil que ce à quoi je m’attendais, et je compte suivre la suite avec intérêt (on me souffle d’ailleurs dans l’oreillette que le tome 2 est déjà sorti). J’espère cependant que d’autres questions liées à la thématique du genre seront explorées : discriminations sexistes, homophobes…. quelles formes prennent-elles dans cette société finalement pas si éloignée de la nôtre ?

  • Dysfonctionnelle, d’Axl Cendres

Alors ce roman, c’est la bonne surprise du lot. Le titre ne m’attirait pas spécialement et me faisait craindre une histoire larmoyante, allez savoir pourquoi. Mais ma bibliothèque venait de l’acquérir et je me suis dit que j’allais passer outre ma première mauvaise impression (#onnejugepasunlivreàsacouverture)… ce qui s’est avéré être une sage décision. Quel chouette livre ! Il n’a strictement rien de larmoyant, au contraire, il est d’une drôlerie sans nom. L’héroïne est hyper attachante, de même que sa famille, bien qu’imparfaite (d’où le titre). Et la cerise sur le gâteau, parce qu’il y en a une, c’est que Fidèle (c’est le nom de l’héroïne) est lesbienne, que ceci nous est présenté comme absolument naturel et pas du tout dramatique et WOW, qu’est-ce que ça fait du bien ! Dysfonctionnelle n’est pas un roman SUR l’homosexualité mais sur une adolescente intelligente, forte, décalée, et qui accessoirement préfère les filles. C’est vraiment le bon dosage. La réalité n’est pas enjolivée pour autant et la noirceur des chemins qu’emprunte parfois la vie ne nous est pas épargnée, mais les péripéties de Fidèle reboostent, donnent de la force et franchement, parfois, c’est exactement ce dont on a besoin. Merci, Fifi !

 

 

 

  • Inséparables, de Sarah Crossan (traduction de Clémentine Beauvais)

Étrangement peut-être j’ai envie d’en raconter le moins possible sur Inséparables, tant il faut le lire à mon avis pour en saisir la beauté. Mais puisqu’il faut bien s’y coller… Déjà, c’est un roman en vers : première particularité mais pas des moindres. Si ce choix peut surprendre sur la forme, il se révèle parfaitement justifié sur le fond. L’accent est ainsi donné à la poésie du quotidien dans toutes ses nuances, zones d’ombre et de lumière. Deuxième particularité : les deux héroïnes d’Inséparables sont des sœurs siamoises. Le risque avec un tel sujet est évidemment de tomber dans le voyeurisme ou l’exotisation, mais son traitement tout en délicatesse ici nous épargne ces écueils. C’est beau, c’est prenant… voilà, je m’arrête ici.

Elle n’est pas un morceau de moi.

Elle est moi totalement,
et sans elle
il s’ouvrirait
un dévorant espace
dans ma poitrine,
un trou noir en expansion
que rien d’autre
ne pourrait
combler.

  • Le collège des éplucheurs de citrouilles, de Laure Deslandes

Pour résumer l’effet que ce bouquin m’a fait en quelques mots : trop d’attente et un soufflé qui retombe. Trop d’attente parce que je l’avais repéré bien longtemps avant de me décider à l’acheter. Un titre pareil, forcément, ça me tape dans l’œil (fun fact qui va beaucoup vous étonner : j’aime bien les citrouilles…). Un soufflé qui retombe parce que… bon, je l’aurais lu, quoi. Je ne l’ai pas détesté, loin de là, mais j’ai achevé ma lecture sans grand enthousiasme. L’écriture est fluide, maîtrisée, l’intrigue s’appuie sur de nombreuses trouvailles plutôt rigolotes… mais dès les premiers chapitres, un parfum de « à quoi bon ? » s’est instillé dans mes narines (drôle d’image, je vous l’accorde). Je crois que je n’ai tout simplement pas réussi à éprouver de l’intérêt pour l’enquête menée par Elliot, le personnage principal. Peut-être n’ai-je pas eu suffisamment le temps de m’attacher au personnage avant de pouvoir m’impliquer dans ses aventures ?  J’ai également ressenti une certaine gêne, parfois, face à la représentation d’une dichotomie entre « les gars sympas de la campagne » et « les brutes de la cité », comme si seules ces dernières avaient quelque chose à apprendre des premiers sur « les vraies choses de la vie ». Ça me fait penser à cette chanson de Tryo que j’ai toujours trouvé agaçante : « Si tu es né dans une cité HLM / Je te dédicace ce poème / En espérant qu’au fond de tes yeux ternes / Tu puisses y voir un brin d’herbe« … merci la condescendance. Pour résumer, si Le collège des éplucheurs de citrouilles est un roman qui a des qualités, il n’est tout simplement pas ma tasse de thé. Ça arrive !

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

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