Sirius, de Stéphane Servant

Le moment est venu de vous chroniquer ma première lecture du Cold Winter Challenge !

affiche

Le résumé (10)Roman post-apocalyptique, Sirius nous emmène dans un monde où la vie est vouée à s’éteindre. Frappées de stérilité pour d’obscures raisons, toutes les espèces (animales et végétales) se meurent lentement. Les derniers survivants ne subsistent que grâce à des capsules disséminées ça et là, contenant le nécessaire pour s’alimenter. Avril et Kid, son petit frère, vivent dans le secret de la forêt depuis maintenant des années, mais leur relative tranquillité se trouble lorsqu’ils font une inquiétante rencontre…

Kid regarda la nuit qui noyait le monde au-delà de la porte. Il paraissait subitement triste.

– Tout a disparu, dit-il d’une petite voix. Tout a disparu à cause de la guerre. La Montagne, peut-être qu’elle a disparu aussi. Comme Pa et Ma. Et Sirius, il viendra jamais.

Il glissa du banc et alla se pelotonner sur la paillasse.

Avril le rejoignit, posa une main sur son épaule.

Elle pensa à ce qu’elle avait dit. Oui, tout cela avait existé. Les humains avaient construit des routes, des ponts, des villes, des églises. Et tout cela s’était écroulé en si peu de temps… Oui, Kid avait peut-être raison. Lire ne servait plus à rien sinon à ne pas oublier le passé.

Le résumé (11)La narration reflète d’emblée la désillusion des personnages vis-à-vis de l’avenir : les phrases sont courtes, économes, le ton presque froid. C’est le pragmatisme qui anime avant toute chose le quotidien d’Avril : il lui faut survivre et protéger son frère, coûte que coûte. Mais cette première impression, au fil des pages, se nuance rapidement quand Kid s’exprime. C’est à travers sa parole enfantine que surgit la poésie dans un univers où rêver n’est plus permis. Au début, je l’admets, j’ai trouvé cette langue particulière du Kid, faite d’exclamations, d’interrogations naïves et de liaisons exagérées (« Des zoiseaux ?« ), plutôt très agaçante. Mettre en scène la parole des enfants lorsque l’on est adulte est un art à part entière, il y a ce risque de surjouer l’innocence, de tomber dans la mièvrerie… et comme je suis un être cruel j’ai peu d’indulgence pour ce genre de choses. Mais le truc avec Sirius, c’est que la langue du Kid évolue. Ses particularités finissent par se justifier (je ne vous dirai pas comment parce que je suis sympa et que je ne spoile pas) et l’œil (le mien en l’occurrence) cesse progressivement de buter contre ces zoiseaux irritants…

Et la poésie surgit, je vous le disais donc. Elle surgit dans les rêveries de l’enfant, ainsi que dans un certain rapport à l’animalité – car cette dernière occupe une place centrale dans ce roman. L’attitude à l’égard des animaux d’une humanité qui se positionne comme supérieure n’est-elle pas responsable de l’extinction du vivant ? Si l’on souhaite se donner une nouvelle chance, faut-il toujours se targuer de posséder l’écriture, et par là-même le savoir ? N’y a-t-il pas d’ailleurs un savoir animal dont nous pourrions nous nourrir ? Sans être posées directement, ces questions constituent la trame de fond du roman et lui donnent une certaine portée politique, qui transparaît également dans l’évocation d’autres types d’oppressions (sexisme, racisme, classisme) à travers le personnage d’Avril, jeune fille noire dans une société hostile.

Si Sirius suscite la réflexion, je regrette cependant n’avoir pas été sensible aux éléments qui nous sont donnés sur le passé des deux personnages principaux. Certes, ils permettent de pimenter le récit, mais j’ai trouvé qu’ils s’articulaient de façon un peu simpliste… j’aurais peut-être souhaité plus de profondeur afin de mieux cerner la personnalité d’Avril, notamment. C’est toujours dommage quand une intrigue bien ficelée donne vraiment envie d’en découvrir le dénouement, mais que le devenir des personnages devient une donnée secondaire. Franchement en ce qui me concerne il aurait pu leur arriver à peu près n’importe quoi, bof, pas grave (#dismoicékoilafinplutôt). Il m’a clairement manqué ce lien particulier qui peut se créer parfois dans la lecture. 

Pour terminer : Sirius n’est pas un gros coup de cœur, mais ce fut tout de même une jolie découverte. Sans les trouver attachants pour autant (donc), j’ai aimé suivre les traces d’Avril et Kid. Sur leur route, les deux personnages font l’expérience de la cruauté, du cynisme, du désespoir, de la solitude… mais également du lien qui, malgré tout, peut encore unir les êtres vivants. Le rythme s’emballe à la faveur de rencontres énigmatiques qui attisent définitivement la curiosité et donnent envie de voir où tout cela mène. Et il n’y a pas de quoi être déçu du voyage puisque la fin, très belle, constitue à mon sens le point fort de ce roman.

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

3 réponses

  1. J’ai très envie de le lire celui-là, et ta critique me donne autant plus envie. Tu avais déjà lu des romans vraiment post-apo avec des enfants ? J’ai lu Automne de Jan Herik Nielsen du coup j’ai un élément de comparaison… Ce qui me donne encore plus envie de lire Sirius d’ailleurs je pense.

    Aimé par 1 personne

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