Six of Crows (tome 1), de Leigh Bardugo

Je ne vais clairement pas inventer la poudre en vous chroniquant Six of Crows, une duologie de fantasy qui s’est imposée comme un incontournable sur la blogosphère consacrée à la littérature adolescente. En général, c’est le genre de phénomène qui justement, ne me donne pas vraiment envie de lire un livre, mais j’essaie de soigner cette forme de snobisme depuis que j’ai prétendu au lycée ne pas aimer le pop punk alors que le pop punk c’est la vie et que je me retrouve aujourd’hui à essayer de rattraper le temps perdu mais que pffff c’est pas pareil. Je sais d’ailleurs que certaines personnes également atteintes de Snobisme Littéraire™ (on monte un club ?) n’ont toujours pas lu Les Fiancés de l’hiver de Christelle Dabos pour cette même raison ALORS QUE : il faut le lire, c’est la loi. Mais bref, cessons de nous disperser et parlons donc un peu de Six of Crows.

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Le résumé

Six of Crows, c’est d’abord une atmosphère : celle de la ville de Ketterdam, ses districts, ses ports, ses bars, ses maisons closes… et ses gangs. C’est dans cet univers que Kaz Brekker, l’impitoyable leader des Dregs, se voit confier une mission pour le moins périlleuse (mais extrêmement bien rémunérée) : libérer le scientifique Bo Yul-Bayur du palais de Glace, où il est retenu prisonnier. Pour parvenir à ses fins, Kaz Brekker s’entoure de cinq personnes au parcours chaotique mais dont les compétences sont complémentaires.

Pour comprendre quels véritables enjeux cache une telle mission, il faut en cerner le contexte. Bo Yul-Bayur a en effet inventé une drogue permettant de décupler les pouvoirs des Grishas, des personnes capables de manipuler la matière (par exemple l’eau ou le métal). Remise entre les mauvaises mains, cette drogue pourrait non seulement devenir une arme de destruction massive, mais également servir à réduire les Grishas en esclavage, tant elle est addictive…

Mon avis

Si je ne regrette pas d’avoir donné sa chance à Six of Crows, ce fut tout de même une lecture mi-figue mi-raisin. La faute à quoi ? Eh bien la faute à… une simple question de goûts personnels, d’une part. J’ai trouvé le rythme bien trop dense : trop d’action, trop de péripéties, pas suffisamment de temps pour souffler. Il ne fait nul doute que c’est justement ce qui plaira à d’autres lecteur·ice·s, et c’est tant mieux, mais pour ma part j’ai besoin, dans une certaine mesure, d’assister au quotidien des personnages pour mieux les cerner, besoin de véritables moments d’introspection pour comprendre leurs doutes, leurs craintes et finir par m’y attacher. Ces passages plus calmes me permettent aussi de véritablement comprendre comment cohabitent tous les éléments de l’intrigue… Quand il se passe trop de choses à la suite je m’y perds, voire je finis par me dire que l’auteur·ice se moque de nous et ne cherche même pas à faire en sorte que tout s’articule de façon logique (chose extrêmement grave pour l’ascendant vierge que je suis), et mon intérêt décroit.

La faute à ça, donc, mais également à d’autres détails qui dépassent cette fois la question des goûts personnels. Si j’ai évoqué la question du « trop », il y a également, à mon sens, du « pas assez » dans ce roman :

  • Pas assez de nuances chez les personnages. Je ne dis pas qu’il y a zéro nuance, mais juste… pas assez. Globalement il y a une espèce de rigidité dans la manière dont ils envisagent les choses et dont leur passé les définit, qui les rend assez ennuyeux et peu attachants.
  • Pas assez de descriptions. Il m’a semblé qu’il y avait une trop grande focalisation à la fois sur l’action et sur le point des vue des personnages, ce qui donne l’impression d’être toujours en plan resserré,  sans vision élargie de l’environnement où les choses sont en train de se dérouler.
  •  Pas assez de spontanéité dans les dialogues. Des traits d’humour qui tombent à côté, des punchlines dignes de mauvais films d’action… C’est vraiment dommage parce que c’est aussi par ce biais que les relations entre les personnages auraient pu gagner en profondeur.
  • Pas assez de soin apporté à la traduction à mon sens, en particulier vers la fin : des lourdeurs s’accumulent et gênent la compréhension. Parfois j’avais vraiment du mal à me représenter une scène à cause de tournures vraiment peu naturelles…

Voilà pour les reproches. L’idée n’est pas de dire que Six of Crows est un mauvais livre. Le monde que dépeint Leigh Bardugo est très intriguant. Il y a de véritables trouvailles qui lui donnent un caractère unique et fascinant : une culture particulière, que nous découvrons à travers l’évocation de la Komedie Brute ou de la spiritualité Druskelle, des dynamiques de pouvoir intéressantes (opposant les gangs entre eux ou les Grishas au gouvernement, par exemple)… J’ai aimé m’imprégner de l’atmosphère sombre et glacée de Ketterdam (même si je reste sur une certaine frustration, donc, parce que j’aurais voulu que la narration me laisse plus de temps pour la savourer). Par ailleurs il y a une certaine diversité au niveau des personnages : tous ne sont pas blancs, hétéros et valides, ce qui est une bonne chose. C’est pourquoi, même sans grand enthousiasme, je lirai probablement la suite. Qui sait : peut-être saura-t-elle mieux me convaincre que ce premier tome en demi-teinte ?

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Six of Crows, tome 1
Leigh Bardugo, chez Livre de Poche
Parution le 11 octobre 2017
EAN : 978-2016265376
576 pages - 7,90€

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

4 réponses

  1. Sans surprise, je te rejoins de bout en bout sur cette chronique, haha. De mon côté, le tome 2 ne m’a pas spécialement plus convaincue que le premier (hormis peut-être du côté des descriptions, un peu plus poussées), mais j’étais contente quand même de connaître le fin mot de l’histoire (…sur le coup. Parce que je me rends compte en écrivant ça que je ne me souviens déjà plus de comment ça finit, alors que je l’ai lu il y a un mois.)
    Je serais par contre super curieuse de voir ce que ça donne en film/série !
    (et OUI, il faut lire les Fiancés de l’hiver !)

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      1. Je crois que j’ai tendance à être plus indulgente avec les perso qui manquent de nuances à l’écran que dans les livres, puisque je peux m’imaginer leurs pensées/une + grande intériorité… et les dialogues « punchlines » passent beaucoup mieux !

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