Les orphelines d’Abbey Road, tome 1 : Le diable vert, d’Audren

Ce livre me faisait de l’œil depuis pas mal de temps pour deux raisons : sa sublime couverture (j’ai toujours eu un faible pour les tableaux représentant des filles avec des chats) réalisée par Christel Espié, et la thématique de l’orphelinat, grand classique de la littérature jeunesse qui laisse présager d’une atmosphère particulière. Mes attentes étaient ainsi celles d’un roman aux allures gothiques, porté par des personnages enfantins à la fois sympathiques et débrouillards.

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Le résumé

L’orphelinat d’Abbey Road est un univers fermé dans lequel n’évoluent que des jeunes filles ainsi que les bonnes sœurs qui en sont responsables. Il ne s’y passe pas grand chose de palpitant : études, repas, prières… le quotidien est réglé telle une horloge qu’il vaut mieux ne pas questionner, la moindre contestation ou le plus petit trait d’esprit étant aussitôt sanctionnés. Mais bientôt d’étranges choses se produisent : Margarita, l’une des pensionnaires, découvre un souterrain sous l’abbatiale, Prudence est soudainement atteinte d’un mal inexplicable, et Ginger chante une chanson en latin sans même s’en rendre compte. Lorsque les orphelines mettent la main sur un vieil ouvrage au contenu énigmatique, elles sont bien décidées à mener l’enquête. Sur quels secrets les fondations d’Abbey Road reposent-elles ?

Mon avis

Les orphelines d’Abbey Road s’adresse à des lecteur·ice·s entre 12 et 16 ans, mais il me semble accessible à un public un peu plus jeune. Le choix de cette tranche d’âge par L’école des loisirs repose peut-être plus sur certaines des thématiques abordées (la puberté, les interrogations des personnages quant aux relations amoureuses ou à leur future vie d’adulte) que sur le niveau de lecture nécessaire à la compréhension de l’histoire. En tout cas, la plume d’Audren est un bon point : pas de fioritures, pas de phrases alambiquées, mais une grande maîtrise dans la simplicité et de belles images poétiques.

Si l’intrigue peine à démarrer, s’engluant dans la fadeur d’un quotidien qui n’a rien d’enthousiasmant, la narratrice ponctue rapidement le récit de réflexions intéressantes. Elle aborde les rapports inégaux entre enfants et adultes, la condition de jeune fille laissée dans l’ignorance quant à son propre corps, la difficulté de se forger un esprit critique dans un contexte religieux où Dieu s’impose comme la réponse à tout…

Je réalisai alors que je répétais souvent des phrases sans les comprendre. Je ne m’étais jamais demandé qui était ce « prochain » dont parlait l’Évangile, comme je n’avais aucune idée de ce que pouvait signifier « accordez-nous votre miséricorde ». Pendant plusieurs années, j’avais dit « miséricorne » et je pensais alors qu’il s’agissait d’une sorte de vache déprimée, mais depuis que j’avais lu le mot et rectifié sa prononciation, cela évoquait pour moi un instrument à cordes qui pleurait une musique triste. En fait, je n’avais pas vraiment envie d’en savoir plus sur mon prochain ni sur la miséricorde. Le sens que j’accordais aux mots ou le mystère que je leur prêtais me satisfaisait en général. Les mot inconnus m’offraient la possibilité d’imaginer ce que bon me semblait et me permettaient de faire des rêves qui n’appartenaient qu’à moi.

…mais ces réflexions semblent parfois un peu forcées, surgissant un peu de nulle part – comme si l’autrice voulait à tout prix tenir un certain propos sans que l’intrigue ne le justifie véritablement.

Malgré une mise en place légèrement laborieuse, le roman devient de plus en plus captivant dès lors qu’il glisse dans l’imaginaire. La morne existence des pensionnaires rend finalement plus éclatante encore l’irruption du surnaturel dans le récit. Dans une ambiance évoquant Alice aux pays des merveilles, les pensionnaires font la rencontre de curieuses créatures, à la fois vestiges et témoins d’un monde invisible encore inaccessible. Des éléments suffisamment intrigants pour donner envie de lire la suite de la saga…

Une suite qui, peut-être, parviendra à rectifier le tir sur certains points : des antagonistes un peu trop caricaturaux et figés, une héroïne pour l’instant relativement effacée, des enjeux encore peu clairs… En attendant, malgré un bilan mitigé, ce premier tome s’est avéré agréable à lire et peut représenter une bonne approche du genre fantastique pour les jeunes lecteur·ice·s (bien qu’il est probable que les suivants basculent sur de la fantasy, à en croire le dénouement). Du point de vue des représentations, le contexte presque entièrement féminin donne lieu à des enjeux (d’autonomie, de découverte de soi, d’attentes sociales…) intéressants. L’une des pensionnaires est d’ailleurs (à priori) lesbienne, un détail qui sera, je l’espère, développé plus tard. Stay tuned, comme on dit !

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Les orphelines d'Abbey Road, tome 1 : Le diable vert
Audrey, chez L'Ecole des loisirs
Parution le 21 février 2013
EAN : 9782211213646
282 pages - 14,80€

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

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