Allô sorcières, tome 1 : Viser la Lune, d’Anne-Fleur Multon

Il y a des livres, parfois, qui nous font de l’œil depuis vachement longtemps mais sur lesquels on n’a pas trop envie de se précipiter. On se les réserve pour plus tard, le bon moment, genre un énième jour d’hiver tout gris ou après une succession de lectures un peu tristounes (rayez la mention inutile). Mon bon moment à moi s’est présenté la semaine dernière, et j’ai donc fait honneur au rayon jeunesse de la librairie de ma ville en allant m’y procurer Viser la Lune, d’Anne-Fleur Multon. Les mots d’ordre de ce premier tome d’une tétralogie : dynamisme, féminisme et bonne humeur. Parfait pour se rebooster, non ?

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Le résumé

Elles sont quatre adolescentes de 13 ans et vivent aux quatre coins de la planète : Aliénor en Guyane, Itaï en Nouvelle-Calédonie, Maria au Québec et Azza, en France. Mais à l’ère d’Internet la distance géographique est parfois un moindre mal, et leur intérêt commun pour Steven Universe les rapproche au hasard d’une conversation sur Twitter. C’est la naissance d’une amitié indestructible, de celles qui donnent la force de relever tous les défis. Et dans un monde qui n’est pas toujours tendre avec les adolescentes, les défis, ça ne manque pas ! Aussi, lorsqu’elles décident de lancer une chaîne Youtube centrée sur leurs différentes passions (jeux vidéos, maquillage, culture, astronomie ou encore politique), elles sont bien loin de se douter de ce qui les attend…

Mon avis

Sans surprise, Viser la Lune est un roman d’une grande fraîcheur ! Dès les premières pages, j’ai adhéré à la plume de l’autrice ; accessible, bien tournée et pleine d’humour. Le ton est juste, ce qui n’allait pas forcément de soi : c’est délicat, l’air de rien, de faire s’exprimer des personnages adolescents sans tomber dans le trop cliché, trop forcé ou trop… à côté de la plaque. Vous voyez l’idée.

La force des héroïnes de Viser la Lune, c’est justement leur authenticité. Elles sont toutes très actuelles, utilisent les réseaux sociaux, regardent des séries, jouent aux jeux vidéos… Bref, il est facile de s’identifier à elles, d’autant plus qu’elles sont confrontées à des vrais problèmes de la vraie vie : racisme, sexisme, difficultés scolaires, maladie chronique, problèmes familiaux… Par ailleurs, si leur dynamisme et leur curiosité les rapproche, les quatre amies sont cependant très différentes. Elles n’ont pas les mêmes centres d’intérêts, pas le même caractère, ni la même manière d’appréhender une situation difficile – et c’est là toute la saveur de leur relation. Comme quoi, on peut faire dans la diversité sans pour autant se priver de donner des nuances à ses personnages : c’est pas beau, ça ?

On n’a jamais vraiment su à quel moment on est devenues amies, toutes les quatre, ni même pourquoi on s’entendait si bien alors qu’on était si différentes. Est-ce que c’est le jour où on s’est ajoutées sur Facebook ? Ou la première fois qu’on a passé la nuit à se parler de tout et de rien, à se raconter avec délices nos petits secrets ? L’amitié, c’est une histoire d’alchimie, de moment, aussi. Quand on se skypait, on passait notre temps à rire. On avait toujours quelque chose à se dire. Je trouvais ça incroyable.

Mais le cœur de ce roman, ce n’est pas simplement cette belle histoire d’amitié ; c’est aussi la façon dont ces adolescentes évoluent, confrontées à un monde décidément parfois bien hostile. Si le chemin est semé d’embûches (un grand-père raciste, l’organisation sexiste d’un tournoi de gaming…), qu’à cela ne tienne : Aliénor, Azza, Maria et Itaï vont apprendre à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Au fil des pages, nous les voyons ainsi gagner en indépendance et en confiance en elles, lutter ensemble, prendre la parole pour se défendre, faire preuve de solidarité… Au final, Viser la Lune véhicule un paquet de valeurs positives mais qui donnent également de la force ; et ça, ça fait du bien.

Puisqu’il faut bien trouver un bémol (sinon c’est pas drôle) : l’atmosphère est si pêchue, les héroïnes si optimistes que j’ai parfois ressenti comme un certain manque d’adversité. En entamant la lecture d’un tel roman on se doute qu’il est voué à bien se terminer, mais c’est chouette aussi quand l’intrigue nous amène à en douter un peu, et j’avoue que cet aspect-là m’a un peu manqué. J’aurais aimé frissonner un peu plus, en gros.

À part ça, le contrat est allègrement rempli : Viser la Lune est un roman rafraîchissant, clairement féministe, qui met à l’honneur des minorités sous-représentées en littérature jeunesse tout en dégommant les stéréotypes… Bref, je sais pas vous, mais moi, j’ai hâte de lire la suite.

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Allô sorcières, tome 1 : Viser la lune
Anne-Fleur Multon, chez Poulpe Fictions
Parution le 4 mai 2017
168 pages - 9,95 €
EAN : 9782377420001
à partir de 9 ans

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

5 réponses

  1. C’est vrai que les personnages ados semblent souvent difficiles à écrire : trop éloignés de leurs auteurs, peut-être, ils tombent vite dans le cliché ou restent très superficiels (enfin, heureusement, ce n’est pas toujours le cas, tout de même^^).
    Cette histoire anti-stéréotypes et visiblement très feel-good me donne bien envie de la découvrir 🙂

    Aimé par 1 personne

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