La Lune est à nous, de Cindy Van Wilder

J’ai enfin eu l’opportunité de lire La Lune est à nous ! C’est le premier roman de Cindy Van Wilder que je lis, vous le croyez, ça ? Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas passer à côté de celui-ci, et vous comprendrez rapidement pourquoi en lisant cette chronique.

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Le résumé

La Lune est à nous, c’est avant tout la rencontre entre deux ados hors normes : Olive, grosse et noire, et Bouboule, gros et gay. Autant vous dire que la vie n’est pas facile tous les jours, dans une société dont les injonctions signent tous les jours la défaite symbolique de tou-te-s celles et ceux qui ne sont pas blancs, pas minces et/ou pas hétéros. Mais grâce à son compte Instagram, Curvy Grace, Olive est bien décidée à revendiquer la beauté d’un corps que l’on voudrait disqualifier d’office. Et puis il y a le Dépôt, cette communauté militante dans laquelle elle s’épanouit de jour en jour, et que Max s’apprête à découvrir. Un espace pour dire non, pour s’entraider, et peut-être aussi pour s’aimer…

Mon avis

Pour commencer, je n’ai eu aucune difficulté à entrer dans ma lecture : l’écriture est fluide, accessible, et nous nous trouvons très vite dans le cœur du sujet. La caractérisation des deux personnages principaux, Olive et Bouboule, est bien menée. J’ai aimé leurs nuances, leurs craintes, leurs doutes, mais également leur résilience. Si leur parcours diffèrent, tous deux se débattent dans l’enchevêtrement des normes sociales qui, clairement, ne jouent pas en leur faveur. Ce point commun va les rapprocher, et sera l’occasion pour nous d’explorer des questions très actuelles : le cyber-harcèlement (sans pour autant diaboliser les réseaux sociaux, loin de là !), les critères de beauté, des oppressions telles que le racisme, l’homophobie, le sexisme ou encore la grossophobie…

Face à ces injustices, La Lune est à nous évoque de façon pertinente l’importance de l’accès à une communauté solidaire, ici incarnée par le Dépôt, véritable bouffée d’air frais pour les personnages. J’ai également trouvée intéressante la manière dont sont dépeintes les relations entre les adolescent·e·s et les adultes. Le roman montre bien que parfois, les premiers sont mieux informés que les derniers ; ce sont les experts de leur propre situation. Bien souvent, la meilleure chose que puisse faire un·e adulte n’est pas de se positionner en figure toute puissante, mais d’écouter, de soutenir, et éventuellement de se remettre en question. Bref, c’était chouette de le représenter de cette façon.

Autre aspect intéressant : nous avons, dans La Lune est à nous, un personnage féminin qui questionne clairement l’injonction (en particulier pour les filles) à s’intéresser aux relations amoureuses ; et ça, c’est vraiment très très bien parce que beaucoup trop rare. Olive est une personne créative, passionnée, capable de se suffire à elle-même et de s’épanouir dans un tas de domaines. Elle ne cherche pas à être en couple, c’est ainsi et personne n’a le droit de questionner ce choix. Cool ! Donnez-nous plus d’héroïnes comme ça, svp, merci.

Vous l’aurez compris, La Lune est à nous possède ainsi sans aucun doute un aspect très militant et c’est, je crois, cette dimension-là que j’ai préférée. Ponctué de références féministes (trop chouette d’y retrouver le fameux « j’écris de chez les moches pour les moches… » de Virginie Despentes !), il sait trouver le ton juste pour véhiculer des valeurs positives. Certains passages sont émouvants, oui, mais ce roman n’a cependant pas vocation à nous tirer des larmes : il est plutôt l’un de ceux qui donnent de la force, motivent à lever le poing, à crier sa colère pour défendre ses droits. En ce sens, il m’a fait penser à un Viser la Lune (d’Anne-Fleur Multon) qui s’adresserait à un public plus mature. Dans ces deux livres, nous retrouvons une même volonté de bousculer les stéréotypes, d’aborder des questions sensibles, et de mettre à l’honneur des minorités sous-représentées… Un souffle bienvenu en littérature jeunesse !

Malgré tout, il y a quelques détails que j’ai moins appréciés. Je n’ai notamment pas vraiment aimé les interruptions dans l’intrigue (je pense aux passages en italique en fin de chapitres), suffisamment captivante en elle-même. J’aurais préféré que les informations dispensées via ces retours en arrière soient directement intégrées dans l’histoire, sans créer de coupures un peu frustrantes. J’ai également regretté que l’amitié entre Olive et Bouboule ne soit pas encore plus développée : j’aurais vraiment apprécié les voir échanger plus franchement au sujet de leur vécu, se soutenir, évoquer ensemble leurs questionnements. Il aurait été intéressant, je pense, de mettre en perspective (voire de confronter) de manière plus évidente les points de vue de du garçon gay (et blanc) et de la fille aromantique (et noire). Au final, il y a un petit quelque chose qui m’a manqué, et qui m’a fait ressentir une espèce de distance vis-à-vis des personnages.

En bref 

Malgré quelques légers bémols, La Lune est à nous reste une très belle découverte. Il a le mérite d’être franchement militant, et d’aborder avec justesse la question des normes sociales ainsi que leurs conséquences. Personnellement, je le mettrais bien entre les mains de mes élèves…

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La Lune est à nous
Cindy Van Wilder, chez Scrineo
Parution le 14 septembre 2017 
EAN : 978-2367404776 
350 pages - 17,90€ 
dès 13 ans

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

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