De Cape et de mots, de Flore Vesco

Cela faisait un moment que j’avais De Cape et de mots dans le viseur, ce roman promettant d’être atypique et porté par une héroïne intéressante. Récemment, j’ai enfin pu me le procurer d’occasion. Bilan ? Aussitôt entamé, aussitôt dévoré – et sans tergiverser plus longtemps, je vous en parle ici.

71B5g0-3+SL

Le résumé

Lorsque le père de Serine meurt, sa famille menace de sombrer dans la pauvreté. La seule solution ? Épouser un homme riche. Ou pas, puisque Serine s’y refuse et préfère partir tenter sa chance en tant que demoiselle de compagnie à la cour de la reine. Un pari presque impossible, tant cette dernière est aussi lunatique qu’acariâtre. Mais si Serine ne sait pas lire, elle a bien d’autres atouts dans sa besace : un soupçon de ruse, beaucoup d’audace, et une impertinence à faire trembler les murs du palais…

Mon avis

Nul besoin d’y aller par quatre chemins : De Cape et de mots est ludique, comique, enthousiasmant, absurde ; et franchement, il serait dommage que vous passiez à côté de cette lecture.

C’est d’abord la richesse de l’écriture qui nous entraîne dans cette drôle d’histoire. Débordant d’imagination, Serine est pleine de fulgurances lexicales : charades, mots inventés de toutes pièces (vous connaissiez la « lifrejole » et les « cubistétères », vous ?) ; elle a beau ne pas maîtriser les codes en vigueur à la cour, elle gère la fougère dès qu’il s’agit de s’amuser avec la langue. Bien vite, c’est d’ailleurs ce qui s’avère être sa meilleure arme.

Elle ouvrit la bouche, persuadée qu’aucun son n’allait en sortir. Elle s’entendit alors déclarer :

— Majesté, vous êtes plus ravissante qu’un… qu’une esperlune.

S’ensuivit un silence magistral, au cours duquel Serine eut tout loisir de s’étonner de ce mot improbable qu’elle venait d’inventer.

La reine resta d’abord interdite. Mais elle craignit, en demeurant silencieuse, qu’on imagine qu’elle n’avait pas compris ce mot étrange. Elle prit alors son air le plus savant, et s’exclama :

— Mais la comparaison est absolument charmante ! Redites-moi votre nom ?

Tout le monde regarda avec intérêt cette nouvelle demoiselle si cultivée. Cette dernière s’enhardit jusqu’à répondre :

— J’ai déjà abusé de votre patience en vous le donnant à entendre une première fois. Si vous le permettez, appelez-moi Serine, Votre Majesté.

La reine hocha la tête avec indulgence.

Munie d’un grand cœur et d’une spontanéité sans égale, Serine ne saurait être plus décalée dans une cour où règnent l’hypocrisie, les manigances et les artifices. C’est en particulier cet écart qui rend la lecture jubilatoire : ses coups d’éclat ne cessent de bousculer l’ordre établi, mais avec une subtilité qui lui assure de n’être pas renvoyée au bout de deux jours à peine. Et c’est tant mieux, parce que plus elle reste auprès de la reine, plus la noblesse lui dévoile son vrai visage… et autant vous le dire : c’est pas la joie. Bien loin d’une vision idéalisée des élites d’antan, Flore Vesco ne cesse de les tourner en dérision – et ce pour notre plus grand plaisir, puisque c’est franchement hilarant.

La reine porterait sa coiffure la plus époustouflante: on avait accroché dans ses cheveux des petites bulles de gaze dans lesquelles frémissaient des lucioles. De loin elle semblait parée d’étoiles (malheureusement, l’effet était de courte durée: les bestioles étouffaient rapidement et à la fin de la journée, Sa Majesté avait la tête couverte d’insectes morts.)

En fin de compte, les petites mains du palais se trouvent avoir le beau rôle : à l’inverse des demoiselles de compagnie et des courtisans, les lavandières, les marmitons et les bourreaux apparaissent comme des personnages authentiques et humains. Ce sont sur ces derniers que Serine va pouvoir compter, mais sans ingratitude aucune puisqu’elle leur rendra également service. Et quand il se murmure que les murs de palais renferment un grand secret, il est ma foi bien pratique d’avoir des allié·e·s en coulisse…

Enfin, au-delà de l’écriture et de son irrévérence, l’évolution de Serine est sans doute l’aspect le plus intéressant de l’intrigue. Au fil des pages, elle s’affirme en même temps qu’elle gagne en lucidité. Plutôt naïve et maladroite au départ – bien que déjà déterminée -, sa fine observation de la cour lui permet enfin d’avoir plusieurs coups d’avance. Ce parcours dynamise clairement le récit, et le rythme ne s’affaiblit donc jamais. Les rebondissements sont nombreux, souvent fantasques, toujours jouissifs, et avec un soupçon de merveilleux façon bons vieux contes d’antan, même que.

En bref

De Cape et de mots est un roman à l’intrigue si palpitante qu’il se lit à toute hâte, de préférence la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. Libre, impertinente et bien décidée à n’en faire qu’à sa tête, son héroïne vaut à elle seule le détour… Et si l’envie vous prend de prolonger le plaisir de la lecture, Flore Vesco propose de nombreux jeux sur son site personnel. Trop chouette !

Untitled design (7)

De Cape et de mots
Flore Vesco, chez Didier jeunesse
Parution le 3 juin 2015
EAN : 9782278059522
192 pages - 14,20€
à partir de 12 ans

A propos facedecitrouille

Prof de lettres et d’anglais en lycée pro, j’aime la littérature jeunesse et ado de tout mon p'tit cœur de crapaud.

5 réponses

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s